Gabriel Marcel : progrès technique et intériorité

« Cela ne veut naturellement pas dire qu’on puisse remonter le cours de l’histoire, et qu’il faille briser les machines ; mais seulement comme l’a dit si profondément Bergson, que tout progrès technique devrait être équilibré par une sorte de conquête intérieure orientée vers une maîtrise toujours plus grande de soi. Reste à savoir malheureusement si le travail sur soi n’est pas de plus en plus difficile à obtenir d’un être qui bénéficie chaque jour davantage des facilités que le progrès technique met à sa disposition. Il y a justement toutes les raisons de le penser. Dans le monde d’aujourd’hui on peut dire qu’un être perd d’autant plus conscience de sa réalité intime et profonde qu’il est plus dépendant de toutes les mécaniques dont le fonctionnement lui assure une vie matérielle tolérable. Je serais tenté de dire que son centre de gravité et comme sa base d’équilibre lui deviennent extérieurs, qu’il se situe de plus en plus dans les choses, dans les appareils dont il dépend pour exister. »

Gabriel Marcel, Les techniques d’avilissement dans le monde et la pensée d’aujourd’hui, in Paul Claudel, Le mal est parmi nous, Ed. Plon, Paris, 1948.

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