Editorial

 

EDITORIAL

Jean-Pierre Caillot : Sète le 25/08/2017

 

« Autour de l’œuvre de Racamier » est une Association psychanalytique, qui a été fondée au printemps 2017 par les docteurs Jean-Pierre Caillot, Maurice Hurni et Giovanna Stoll.

Les buts de cette association sont l’étude, la recherche, l’enseignement et la formation.

« Autour de l’œuvre de Racamier » se propose de travailler, d’approfondir et de mettre en pratique les concepts de P.-C. Racamier et ceux de tous les auteurs qui lui succèdent et s’y réfèrent.

L’association a aussi vocation à échanger avec les organismes de soins et de recherche, non seulement dans le domaine de la psychanalyse individuelle et collective, mais aussi dans celui de l’institution et de la société.

Enfin, « Autour de l’œuvre de Racamier » organisera des colloques, congrès et séminaires annuels, publiera une revue, favorisera l’édition et la diffusion d’ouvrages psychanalytiques.

L’association est particulièrement soucieuse de développer sa structure d’enseignement et de formation psychanalytiques en France et à l’étranger.

Aux côtés de ses membres fondateurs, ses membres actifs et sympathisants viendront enrichir, faire croître ce nouveau groupe d’étude, de recherche et de transmission psychanalytiques.

Selon nos statuts, le Comité est l’organe exécutif de l’association et l’Assemblée Générale possède le pouvoir décisionnel. L’association est à but non lucratif.

Bref historique de la théorie psychanalytique

Nous nous proposons de situer cette nouvelle association dans l’histoire du mouvement psychanalytique.

D’emblée les scènes originaires ont été considérées par Freud comme des événements traumatiques. Il s’agissait pour lui dans les années 1895-1900 de conduites de séduction sexuelle d’adultes, adressées directement à l’enfant et de perceptions par l’enfant de rapports sexuels entre adultes. C’est à partir de ces perceptions que se centrera le thème de la « scène primitive » puis, s’estompera pour Freud l’idée de la séduction en tant qu’événement réellement advenu.

A partir de 1897, il abandonnera cette théorie de la séduction, ce qui permit l’avènement de la théorie psychanalytique avec la mise au premier plan des notions de fantasme inconscient, de réalité psychique, de sexualité infantile. Freud lui-même, à plusieurs reprises, affirma l’importance de ce moment dans l’histoire de sa pensée.

Il n’a cessé cependant jusqu’à la fin de sa vie de soutenir l’existence, la fréquence et la valeur pathogène des scènes abusives de séduction sexuelle effectivement vécues par l’enfant.

Dans L’extension de la psychanalyse ( Dunod, 2015, p. 7) R. Kaes décrit deux actes fondateurs de la psychanalyse :

« Le premier est inauguré par la cure du sujet singulier, dans un dispositif spécifique : ce dispositif a permis l’exploration, le traitement et la théorisation des processus et des formations de l’Inconscient dans l’espace de la réalité psychique d’un sujet, « singulier » dans sa structure et dans son histoire, sujet traité par la méthode psychanalytique de la cure dite « individuelle ». Ce premier acte a ouvert l’accès à la connaissance de l’espace intrapsychique de l’Inconscient.

Le deuxième acte est d’une autre consistance. Il commence au milieu des années trente, se poursuit après la mort de Freud, au début de la seconde guerre mondiale, au moment où quelques psychanalystes inventent des dispositifs appropriés pour engager un travail psychanalytique en situation plurisubjective de groupe. A partir de ce moment, la psychanalyse ne s’applique plus seulement à la cure « individuelle », mais à plusieurs sujets réunis dans un dispositif, un cadre et une situation qui conservent les exigences fondamentales de la méthode psychanalytique, tout en les ajustant aux caractéristiques de son objet pratique. Le travail psychanalytique s’effectue avec des groupes, des familles et des couples. Il s’appliquera plus tard, dans des dispositifs aménagés, à des équipes de travail dans une institution.

Trois dimensions de l’espace de la réalité psychique vont apparaître : intrapsychique, interpsychique et transpsychique.

La dimension intrapsychique (R. Kaës, op. cit , p. 67) « spécifie l’espace interne du sujet singulier. C’est dans cet espace que les logiques de l’Inconscient ont été mises en évidence.

La dimension interpsychique « qualifie l’espace psychique entre les sujets dans les différentes configurations de liens : couple, groupe, famille, et les effets de subjectivité qui leur sont propres ( ce qui selon moi définit l’intersubjectivité ). Cet espace entre est à la fois ce qui les lie et ce qui les différencie. »

La dimension transpsychique « caractérise la réalité psychique qui se transmet à travers les sujets, leurs liens et les groupes dont ils sont membres, sans qu’ils aient été directement acteurs de cette réalité, mais seulement les agents de la réception et de la transmission de celle-ci. »

La découverte du continent de la paradoxalité commence en 1953 grâce à Winnicott avec sa théorie de l’objet transitionnel. Il s’agit de la paradoxalité ouverte, saine, centrée par l’ambiguïté (au sens de Racamier).

Quant à la paradoxalité fermée, pathologique, elle est décrite en 1975 par Anzieu, lorsqu’il découvre le transfert et le contre-transfert paradoxal à la suite des travaux de Bateson.

En 1973, puis en 1978 Racamier établit que la paradoxalité « désigne un principe d’organisation globale de la psyché, affectant de façon concordante la défense, la pensée et la relation (donc, par voie de conséquence, le transfert) et basé sur le modèle du paradoxe, qui évince toute mise en forme des contraires, comme tout affrontement proprement conflictuel tant interne qu’extériorisé. » (Cortège conceptuel, p. 57).

La mise en évidence de la constellation de l’Antœdipe, tantôt complémentaire de celle de l’Œdipe lorsque le développement psychique est normal, tantôt en opposition dans les fonctionnements narcissiques pathologiques graves, qu’ils soient individuels ou collectifs, est un apport théorique et pratique considérable.

De nouveaux concepts comme l’incestualité, l’objet paradoxal, les manœuvres perverses-narcissiques caractéristiques de la perversion narcissique vont être définis et étudiés notamment par Racamier dans Les perversions narcissiques (Payot, 2012) ainsi que par Maurice Hurni et Giovanna Stoll dans La haine de l’amour, (L’Harmattan, 1996).

Ces concepts forgés par Paul-Claude Racamier permettent une compréhension radicalement nouvelle du fonctionnement mental, non seulement de l’individu mais aussi du couple, de la famille, du groupe et de l’institution, voire de la société. Ils organisent de précieux repères théoriques et cliniques.

L’Association

« Autour de l’œuvre de Racamier » constitue donc un mouvement psychanalytique axé notamment autour du travail de transformation des agirs incestuels et meurtriels traumatiques en fantasmes et d’interprétation dans les différentes situations psychanalytiques où, à côté des transferts œdipiens, des transferts antoedipien agis et fantasmés ont été définis.

Enfin nous opposerons la clinique du désir et du refoulement à celle du traumatique et de la compulsion de répétition aliénante.

L’Association se propose non seulement de diffuser les concepts formalisés par Racamier et ceux élaborés par ses successeurs, mais aussi de préciser leurs implications dans le développement de la psychanalyse contemporaine dont la psychanalyse groupale et familiale.

Elle considère qu’il n’y a pas d’opposition entre la psychanalyse individuelle et la psychanalyse collective. L’unité des processus psychanalytiques est clairement visible malgré la diversité de ses cadres.

Nous pouvons d’ores et déjà observer que la théorisation des diverses situations psychanalytiques s’influencent et s’enrichissent mutuellement comme par exemple la transmission transitionnelle et intergénérationnelle ou la transmission traumatique et transgénérationnelle.

œdipe et Antoedipe

L’Association, dans sa démarche de travail et de recherche, a donc pour référence de base la constellation œdipienne et son rapport à celle de l’antœdipe.

L’antœdipe normal ou « tempéré » contrebalance l’œdipe. Il est centré par le fantasme d’auto-engendrement et celui du renversement des représentations générationnelles tandis que l’œdipe, lui, se fonde autour du fantasme d’engendrement où les représentations générationnelles sont dans l’ordre des choses.

Le conflit originaire, qui s’organise dans le cadre de l’antœdipe normal, préside à l’établissement de la reconnaissance de ses propres origines et par là de son existence.

Les relations d’objet y sont ambiguës (au sens de Racamier).

L’antœdipe pathologique ou « furieux », lui, s’oppose à l’avènement de l’œdipe.

Ici, il y a échec de la reconnaissance de ses propres origines et de son existence.

« L’inceste », dit Racamier « n’est pas l’œdipe, il en est même le contraire » ; à l’instar de l’auteur nous pouvons ajouter :  l’incestualité n’est pas l’œdipe, elle en est même le contraire.

Cliniquement, l’antœdipe pathologique correspond à l’inceste, au meurtre et à l’incestualité constituée de deux versants, l’incestuel et le meurtriel. Ce sont respectivement des agirs mégalomaniaques, équivalents d’inceste et de meurtre.  L’antœdipe pathologique est centré par le fantasme-non-fantasme d’auto-engendrement – un fantasme qui n’en est pas un et qui occupe la place du fantasme- selon Racamier ; il prend cliniquement la forme de l’agir ou/et de la somatisation. Les relations d’objet y sont paradoxales.

Dans l’espace paradoxal de l’antœdipe pathologique, l’intersubjectivité est subvertie par la transsubjectivité pathologique qui traverse corps et psychés ; les phénomènes paradoxaux, d’empiétement, d’engrènement et de confusion y sont majeurs.

Conclusion

Enfin, constatons que la psychanalyse de nos jours possède un extraordinaire potentiel de développement dont l’avènement dépend de notre prise de conscience de son étonnante et formidable extension théorique et pratique.  Notre association tentera de favoriser cette avancée. Espérons aussi que la convivialité dans notre organisme, conjuguée à une vigilance concernant l’échange des idées, la créativité individuelle et groupale seront des valeurs essentielles de notre culture associative.