Enriquez: le sacré

« Le sacré, comme l’écrit R. Caillois « est condition de la vie ». Quant à la religion, « elle est l’administration du sacré » (H. Hubert). L’homme, en construisant la sphère du sacré, construit le système de légitimation de sa vie. Si seul le profane existait (si donc l’homme ne vivait pas dans la crainte de forces incontrôlables qui appellent le respect et consacrent des lieux, des êtres et des espaces), les problèmes essentiels à résoudre de façon constante seraient ceux du lien social et du lien sexuel. Ces liens, n’étant plus fondés en référence à une autre parole, à un autre monde, seraient frappés d’instabilité permanente. La sphère du sacré rappelle à chaque homme que non seulement il appartient à l’ordre naturel (ce que montraient les divisions homme/espèces naturelles et nature/culture) mais également à l’ordre des générations ; que ses actes ne lui appartiennent pas mais appartiennent à sa famille, à son clan, à son totem, que son existence n’a été possible que parce qu’à l’aube du monde son (ou ses) ancêtre(s) ont prononcé les paroles et accompli les actes donnant naissance à la lignée à laquelle il appartient. Le sacré rappelle donc à chacun (et au groupe dont il fait partie) la dette existentielle qu’il a contractée envers les ancêtres et les morts de sa famille. »

Eugène Enriquez, De la horde à l’Etat ; essai de psychanalyse du lien social, Ed Gallimard, 1983.

 

 

Gabel: la réification

« L’hypothèse d’une logique schizophrénique collective (réifiée, anti dialectique et égocentrique) nous fait mieux comprendre la signification d’un certain malaise logique existant indiscutablement dans la civilisation contemporaine. (…) Le phénomène social le plus typiquement déshumanisant – la réification – ouvre aussi des perspectives psychiatriques et, par conséquent, la psychiatrie a un rôle à jouer dans la lutte contre la tendance à la déshumanisation de la civilisation contemporaine. »

Joseph Gabel, La réification, Ed. Allia, Paris, 2009, p. 51.

Martin Buber : le Golem

Rabbi Enokh racontait: « Il y avait une fois un sot si insensé qu’on l’avait surnommé le Golem. Chaque matin, au lever, c’était pour lui tout un problème de retrouver ses vêtements, une tâche véritablement si ardue pour sa pauvre tête qu’il en hésitait, le soir à se déshabiller pour se coucher. Mais voilà qu’un soir prenant son courage à deux mains, il s’empara d’un crayon et d’un bout de papier sur lequel il consigna l’emplacement de chacune des parties de son vêtement qu’il quittait. Au matin, tout joyeux, il se leva et prit la liste: “la casquette– ici”, et il s’en coiffa ; “le pantalon – là”, et il l’enfila, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il eût tout revêtu. “Oui, mais moi-même, où suis-je donc ?”, se demanda-t-il soudain, tout anxieux, “où suis-je donc passé ?” Et ce fut en vain qu’il se chercha et qu’il fouilla partout : il n’arriva pas à se retrouver. Ainsi de nous », dit le Rabbi.

Martin Buber, Le Chemin de l’Homme, Les Belles Lettres, Paris, 2015, 4ème de couv.)

La machinerie incestuelle

Exposé

Conférence faite à Berne, à la Société Suisse de Psychothérapie Médicale, nov. 2014. (M. Hurni et G. Stoll)

Le terme de machinerie incestuelle est celui qui nous est venu à l’esprit pour restituer la complexité et la dynamique de certains systèmes pervers, qui s’étendent loin au delà de deux protagonistes. Continuer la lecture de « La machinerie incestuelle »

Roland Gori: “Macron et le grand écart”

 

«En même temps», ou le grand écart du nouveau président

Par Roland Gori, Psychanalyste —  Libération, 23 juillet 2017 à 17:06

L’expression utilisée sans cesse par Emmanuel Macron indique qu’il croit au sacré de la politique, à son pouvoir symbolique et spirituel, et qu’en même temps il n’y croit pas. Comment peut-il se prétendre le «chef» d’un pouvoir sacré, et externaliser les missions de l’Etat en les abandonnant à la spéculation financière ? Paradoxe permanent ou imposture ?

Continuer la lecture de « Roland Gori: “Macron et le grand écart” »

Séminaire du Dr J-P. Caillot le 18 novembre 2017

A eu lieu:

Groupe Méditerranéen de la

Société Psychanalytique de Paris

SEMINAIRE OUVERT
de MONTPELLIER

animé par
 le Dr Jean-Pierre CAILLOT   

 

Grand Hôtel du Midi
22 bd Victor Hugo
18 novembre 2017
de 15 h à 19 h 30

Recherche actuelle sur le traumatisme psychique dans le prolongement de la pensée de Paul-Claude Racamier .

Cette recherche contemporaine, à la suite du concept fondamental d’antœdipe pathologique  de Paul-Claude Racamier, portera sur le travail psychanalytique concernant  les relations traumatiques d’objet paradoxal ( père-non-père ou mère-non-mère par exemple) meurtriel et/ou incestuel, dans le cadre des thérapies psychanalytiques individuelles et collectives (couple, famille, groupe d’enfants et d’adultes).

Ce séminaire se poursuivra en 2018, les samedis 30 /06 et 01/12 ( même lieu et mêmes horaires).

Programme:

Le séminaire du samedi 18 novembre 2017 comprendra deux parties :

de 15 h à 17 h : présentation par les docteurs Maurice Hurni et Giovanna Stoll de leur ouvrage : Le mystère Freud, Paris, l’Harmattan, 2013.

« Les notions d’incestualité, de perversion relationnelle et la prise en compte de la violence psychologique ouvrent de nouveaux éclairages sur les origines de la psychanalyse.
Ainsi, Dora, célèbre patiente de Freud, apparaît comme une jeune fille aux prises avec une famille hautement pathologique. Freud en dépeint très subtilement tous les rouages pervers, mais curieusement, il n’en fait aucune élaboration . Pourquoi ?
Le récit du traitement d’Anna O., la première patiente de la psychanalyse, bénéficie aussi de cette lecture nouvelle. Aurait-elle été abusée ? Quelles est la vraie fin de son traitement par Breuer ? La description de cette cure aurait-elle été tronquée ? Autant de questions que le concept d’incestualité permet d’aborder.
Quant à la vie de Freud, elle semble imprégnée de cette même incestualité : secrets de famille scabreux, abus sexuel par sa nounou, doutes sur l’identité de son père, ont certainement contribué à l’engager dans son exploration géniale de l’inconscient, mais l’ont détourné des investigations familiales. Elles ont aussi marqué ses propres comportements d’adulte (relations troubles avec sa belle-sœur, psychanalyse de sa propre fille…)
C’est à ce voyage passionnant que vous invitent les auteurs pour revisiter les origines de la psychanalyse. »

Pause

de 17 h 30 à 19 h 30, reprise du travail de thérapie familiale psychanalytique présenté au mois de juin 2017 par Madame Sabrina Arnault.  Il sera commenté par les docteurs Jean-Pierre Caillot, Maurice Hurni et Giovanna Stoll dans un échange avec Madame Sabrina Arnault et les participants au séminaire.

Ces réunions psychanalytiques du Groupe Méditerranéen de la SPP sont largement ouvertes aux psychanalystes,  psychiatres, psychologues, infirmiers, travailleurs sociaux, médecins, juristes et étudiants dans ces disciplines.

Inscription : Dr CAILLOT
( 06 77 84 11 62 ou jean-pierre.caillot@nullorange.fr)

groupemed.spp@nullfree.frwww.groupemed.fr

Nombre limité de places. Entrée : 20€. Entrée gratuite pour les étudiants

ARNAULT Sabrina  : psychologue, psychanalyste, membre du CPGF.

CAILLOT Jean-Pierre : psychiatre, psychanalyste, membre du groupe méditerranéen de la SPP, membre co-fondateur du CPGF.

HURNI Maurice : psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couples et de familles, membre du CPGF.

STOLL Giovanna, psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couples et de familles, membre du CPGF.

SPP : Société Psychanalytique de Paris.

CPGF : Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale.

Lectures :

CAILLOT Jean-Pierre, Le meurtriel, l’incestuel et le traumatique, Paris, Dunod, 2015.

HURNI Maurice et STOLL Giovanna :

La haine de l’amour,  la perversion du lien, Paris, L’Harmattan, 1996.
– Saccages psychiques au quotidien ; perversion narcissique dans les familles, Paris, L’Harmattan, 2002.
Le mystère Freud, Paris, L’Harmattan, 2013.

RACAMIER Paul-Claude, L’inceste et l’incestuel, Paris, Dunod, 1995.

 

R.-A. Belot, J.-P. Caillot et V. Rebière lors de la conférence du Dr Jean-Pierre Caillot à Besançon du 7 avril 2017 “Les apports majeurs
de Paul-Claude Racamier,
de nouvelles perspectives psychanalytiques”

Arendt: la bureaucratie despotique

« De ce point de vue, plutôt qu’à une disparition du politique, nous aboutirions à une forme de gouvernement despotique encore plus monstrueuse, au sein de laquelle l’abîme entre dominants et dominés se creuserait de façon si énorme qu’aucune forme de rébellion et encore moins de contrôle des dominants par les dominés ne serait plus possible. Ce caractère despotique ne serait nullement modifié du fait qu’on ne pourrait plus dénoncer personne, plus aucun despote derrière ce gouvernement du monde ; car la domination bureaucratique, la domination à travers l’anonymat de la bureaucratie, n’est pas moins despotique du fait que “personne” l’exerce ; au contraire, elle est encore plus effroyable car on ne peut ni parler ni adresser de réclamation à ce “Personne” ».

Hannah Arendt Qu’est-ce que la politique ?, Editions du Seuil 1995, p. 47.