Racamier : la connerie.

« Bien sûr, il n’est pas facile de traiter un schizophrène.

Mais si cela peut vous réconforter, dites-vous bien que dix fois plus difficile à traiter : un con.

Et que dans l’ordre des fléaux sociaux la connerie par le monde fait beaucoup plus de ravages que les psychoses. Et certes, ceux qui en sont atteints n’en meurent pas, mais elle tue autour d’elle à petit feu en cercles concentriques. »

 

Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, p.186.

 

Nietsche : penser dans les autres

« Bien des gens dépérissent parce qu’ils pensent toujours à leur existence dans l’esprit des autres, c’est-à-dire qu’ils prennent au sérieux l’effet de leurs actions, et non ce qui agit : eux-mêmes. Or les effets de nos actions dépendent de ce sur quoi il faut agir et ne sont donc pas en notre pouvoir. D’où tant d’inquiétude et de dépit. »

Nietsche Mauvaises pensées choisies, Gallimard, 2000, p.325.

Gabriel Marcel : progrès et intériorité

« Cela ne veut naturellement pas dire qu’on puisse remonter le cours de l’histoire, et qu’il faille briser les machines ; mais seulement comme l’a dit si profondément Bergson, que tout progrès technique devrait être équilibré par une sorte de conquête intérieure orientée vers une maîtrise toujours plus grande de soi. Continuer la lecture de « Gabriel Marcel : progrès et intériorité »

Hillesum : la voix intérieure

« C’est ainsi que vivent les hommes. Ils se servent de l’autre pour se laisser persuader d’une chose à laquelle, au fond de leur cœur, ils ne croient pas. On cherche dans l’autre un instrument pour couvrir le son de sa voix intérieure. Si chacun de nous écoutait seulement un peu plus sa voix intérieure, s’il essayait seulement d’en faire retentir une en soi-même – alors il y aurait beaucoup moins de chaos dans le monde. »

Etty Hillesum, Faire la paix avec soi, éditions Points, 2014, p. 18.

Chasseguet : destruction de l’ordre biologique

… la révolte contre l’ordre biologique qui anime le monde occidental. Certaines de ses expressions seraient plutôt comiques si elles n’étaient pas liées à l’accélération des découvertes biologiques, particulièrement en matière de procréation.

Il est merveilleux, bien-sûr, de pouvoir avoir un enfant dans certains cas d’infertilité, grâce a l’assistance médicale à la procréation, même si celle-ci peut donner lieu à de nombreuses difficultés.

Mais dès que l’on pense aux mères porteuses, à la grossesse des sexagénaires, à la réimplantation d’embryons congelés après la mort de leurs géniteurs, à la possibilité de faire naître un enfant par parthénogénèse, au clonage, on se heurte à une vague énorme de problème que seul le manque d’imagination permet de voir venir avec une imbécillité tranquille. »

Janine Chasseguet-Smirgel, Le corps comme miroir du monde, Ed. PUF, Le fil rouge, 2003, p. 6.

Enriquez: le sacré

« Le sacré, comme l’écrit R. Caillois « est condition de la vie ». Quant à la religion, « elle est l’administration du sacré » (H. Hubert). L’homme, en construisant la sphère du sacré, construit le système de légitimation de sa vie. Si seul le profane existait (si donc l’homme ne vivait pas dans la crainte de forces incontrôlables qui appellent le respect et consacrent des lieux, des êtres et des espaces), les problèmes essentiels à résoudre de façon constante seraient ceux du lien social et du lien sexuel. Ces liens, n’étant plus fondés en référence à une autre parole, à un autre monde, seraient frappés d’instabilité permanente. La sphère du sacré rappelle à chaque homme que non seulement il appartient à l’ordre naturel (ce que montraient les divisions homme/espèces naturelles et nature/culture) mais également à l’ordre des générations ; que ses actes ne lui appartiennent pas mais appartiennent à sa famille, à son clan, à son totem, que son existence n’a été possible que parce qu’à l’aube du monde son (ou ses) ancêtre(s) ont prononcé les paroles et accompli les actes donnant naissance à la lignée à laquelle il appartient. Le sacré rappelle donc à chacun (et au groupe dont il fait partie) la dette existentielle qu’il a contractée envers les ancêtres et les morts de sa famille. »

Eugène Enriquez, De la horde à l’Etat ; essai de psychanalyse du lien social, Ed Gallimard, 1983.