Parménide: les différences

 

“Je te détourne de cette voie de
Recherche
Où les mortels qui ne savent rien
[5] s’égarent incertains ;
L’impuissance de leur pensée
Y conduit leur esprit errant ; ils vont
Sourds et aveugles, stupides et sans jugement ;
Ils croient qu’être et ne pas être est la même chose…”

Poème de Parménide VI

“A droite les garçons, à gauche les filles.”

Poème de Parménide XVII

Gabriel Marcel

« Cela ne veut naturellement pas dire qu’on puisse remonter le cours de l’histoire, et qu’il faille briser les machines ; mais seulement comme l’a dit si profondément Bergson, que tout progrès technique devrait être équilibré par une sorte de conquête intérieure orientée vers une maîtrise toujours plus grande de soi. Reste à savoir malheureusement si le travail sur soi n’est pas de plus en plus difficile à obtenir d’un être qui bénéficie chaque jour davantage des facilités que le progrès technique met à sa disposition. Il y a justement toutes les raisons de le penser. Dans le monde d’aujourd’hui on peut dire qu’un être perd d’autant plus conscience de sa réalité intime et profonde qu’il est plus dépendant de toutes les mécaniques dont le fonctionnement lui assure une vie matérielle tolérable. Je serais tenté de dire que son centre de gravité et comme sa base d’équilibre lui deviennent extérieurs, qu’il se situe de plus en plus dans les choses, dans les appareils dont il dépend pour exister. »

Gabriel Marcel, Les techniques d’avilissement dans le monde et la pensée d’aujourd’hui, in Paul Claudel, Le mal est parmi nous, Ed. Plon, Paris, 1948.

Chez le vétérinaire

L’ambition de ne pas cantonner nos analyses à la seule sphère individuelle ou familiale nous amène à prêter attention à certains faits sociaux qui prennent alors, à nos yeux, valeur de symptôme. Conformément à la perspective médicale, nous cherchons d’abord à les identifier, puis à les décrire, enfin à les comprendre. La « thérapie », elle, appartient probablement à d’autres que nous. Continuer la lecture de « Chez le vétérinaire »

Martin Buber : le Golem

Rabbi Enokh racontait: « Il y avait une fois un sot si insensé qu’on l’avait surnommé le Golem. Chaque matin, au lever, c’était pour lui tout un problème de retrouver ses vêtements, une tâche véritablement si ardue pour sa pauvre tête qu’il en hésitait, le soir à se déshabiller pour se coucher. Mais voilà qu’un soir prenant son courage à deux mains, il s’empara d’un crayon et d’un bout de papier sur lequel il consigna l’emplacement de chacune des parties de son vêtement qu’il quittait. Au matin, tout joyeux, il se leva et prit la liste: “la casquette– ici”, et il s’en coiffa ; “le pantalon – là”, et il l’enfila, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il eût tout revêtu. “Oui, mais moi-même, où suis-je donc ?”, se demanda-t-il soudain, tout anxieux, “où suis-je donc passé ?” Et ce fut en vain qu’il se chercha et qu’il fouilla partout : il n’arriva pas à se retrouver. Ainsi de nous », dit le Rabbi.

Martin Buber, Le Chemin de l’Homme, Les Belles Lettres, Paris, 2015, 4ème de couv.)

La machinerie incestuelle

Exposé

Conférence faite à Berne, à la Société Suisse de Psychothérapie Médicale, nov. 2014. (M. Hurni et G. Stoll)

Le terme de machinerie incestuelle est celui qui nous est venu à l’esprit pour restituer la complexité et la dynamique de certains systèmes pervers, qui s’étendent loin au delà de deux protagonistes. Continuer la lecture de « La machinerie incestuelle »

Dufour : nécessité des lois

“L’anarcho-capitalisme a accrédité l’idée que se donner des lois est cruel et ne confine qu’à une sorte de masochisme insupportable. Et il renvoie cyniquement ceux qui auraient besoin d’un supplément d’âme au puritanisme obscurantiste. Il faut pourtant rappeler que les philosophes de Lumières comme Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant, disaient que la liberté ne consiste en rien d’autre qu’à obéir aux lois que l’on s’est données. En fait, nous avons besoin de véritables lois juridiques et morales et non de ces succédanés moralisants, pour rendre enfin la justice, pour sauvegarder le monde avant qu’il ne soit trop tard, pour préserver l’espère humaine, menacée par une logique aveugle. Or nous sommes en train d’abroger toutes les lois, – sauf celle du plus fort – et, si nous continuons dans cette funeste direction, nous entrerons dans une cruauté bien plus vive que celle d’avoir à se soumettre à des lois.”

Dany Robert Dufour, Monde diplomatique avril 2005.

 

Chasseguet : destruction du père et perversion sociale

« Si, comme Freud a tenté de le montrer, les règles morales, la religion et l’organisation sociale résultent de la projection dans l’espace externe du complexe d’Oedipe et de la relation au père à laquelle le monothéisme s’enracine, la perversion, quant à elle, est liée à l’éradication du père du monde psychique interne et de la structure de la société.»

(Janine Chasseguet Smirgel, Les religions du diable : quelques réflexions sur les significations historiques et sociales des perversions, in Les troubles de la sexualité, Monographie de la RFP, PUF, 1993,  p.102-118)

 

Roland Gori: “Macron et le grand écart”

 

«En même temps», ou le grand écart du nouveau président

Par Roland Gori, Psychanalyste —  Libération, 23 juillet 2017 à 17:06

L’expression utilisée sans cesse par Emmanuel Macron indique qu’il croit au sacré de la politique, à son pouvoir symbolique et spirituel, et qu’en même temps il n’y croit pas. Comment peut-il se prétendre le «chef» d’un pouvoir sacré, et externaliser les missions de l’Etat en les abandonnant à la spéculation financière ? Paradoxe permanent ou imposture ?

Continuer la lecture de « Roland Gori: “Macron et le grand écart” »