Enriquez: le sacré

« Le sacré, comme l’écrit R. Caillois « est condition de la vie ». Quant à la religion, « elle est l’administration du sacré » (H. Hubert). L’homme, en construisant la sphère du sacré, construit le système de légitimation de sa vie. Si seul le profane existait (si donc l’homme ne vivait pas dans la crainte de forces incontrôlables qui appellent le respect et consacrent des lieux, des êtres et des espaces), les problèmes essentiels à résoudre de façon constante seraient ceux du lien social et du lien sexuel. Ces liens, n’étant plus fondés en référence à une autre parole, à un autre monde, seraient frappés d’instabilité permanente. La sphère du sacré rappelle à chaque homme que non seulement il appartient à l’ordre naturel (ce que montraient les divisions homme/espèces naturelles et nature/culture) mais également à l’ordre des générations ; que ses actes ne lui appartiennent pas mais appartiennent à sa famille, à son clan, à son totem, que son existence n’a été possible que parce qu’à l’aube du monde son (ou ses) ancêtre(s) ont prononcé les paroles et accompli les actes donnant naissance à la lignée à laquelle il appartient. Le sacré rappelle donc à chacun (et au groupe dont il fait partie) la dette existentielle qu’il a contractée envers les ancêtres et les morts de sa famille. »

Eugène Enriquez, De la horde à l’Etat ; essai de psychanalyse du lien social, Ed Gallimard, 1983.

 

 

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